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10ème Etape : Riga Kalmar Berlin

Guten tag* !

(* Bonjour en Allemand)

Pour le lendemain, vue la météo crasseuse et la fatigue qui commence à se faire ressentir, on se permet une grasse mat' et on envisage éventuellement une étape repos. On est le 22 juin et celà fait une dizaine de jours que nous volons... une nouvelle langue, une nouvelle monnaie à presque chaque étape, installation puis départ tous les jours, la fatigue s'accumule. En plus, c'est fête nationale en Lettonie, celà vaut sans doute le coup de voir ça.
On se réveille trèèèèès tard, nos corps avaient bien besoin qu'on cesse de les malmener ! En début d'après-midi, retour à l'aéroport international de Riga, on passe en flyco à l'avion où je troque mes sandales contre des tennis, plus adaptées aux conditions humides, puis on se rend en salle de briefing pour attraper une météo... qui nous confirme que nous allons faire une étape repos.
Nous aimerions visiter le cimetière d'avions, qui est une mine de trésors, mais pour les deux jours à venir il y a fête nationale en Lettonie, donc le responsable de la surveillance est absent et on ne peut pas le visiter. Ce n'est normalement pas ouvert au public, et il est prévu d'en faire, dans un avenir incertain, un grand musée aéro... Le pisteur qui nous mène en flyco est un passionné d'avion, vraiment très gentil, et il nous balade tout de même autour des grillages pour prendre quelques photos... Il nous compte l'histoire d'un Antonov bimoteur présent dans le cimetière d'avions, que je vais essayer de vous retranscrire : piloté par un pilote Allemand fatigué et d'un âge avancé, il a été accidenté à Riga d'étrange manière. Un jour le pilote démarre l'oiseau métallique afin de repartir sans doute chez lui, et réalise, moteur allumé, qu'il a laissé les cales. Il descend donc, toujours moteur tournant, pour les ôter... et la machine a décollé du parking sans lui ! Trop endommagée, elle a depuis été gardée à Riga et ils l'ont alors placée dans le cimetière.

Nous repartons prendre un bus pour la ville, re-visite sous la pluie de cette cité magnifique, moderne et propre, et on fait des rencontres sympas telles qu'un équipage de 737 anglais avec qui on joue aux fléchettes, deux jeunes Lettons qui nous dessinent au crayon un plan de la ville très approximatif, et Micos, un jeune avocat qui, s'ennuyant, décide de nous embarquer voir la mer Baltique. Magnifique sous la lune ! En rentrant en voiture, il nous semble que le soleil se lève déjà... La nuit est elle si courte en Lettonie ?

Puis retour à notre affreux hôtel dont l'accueil sent toujours la friture (on en viendrait à regretter la tente !) et dodo.

Le lendemain, on retourne à l'aéroport et on passe en salle de briefing pour la météo. Des orages arrivent, le temps n'est déjà pas beau, mais il y a moyen de partir, alors j'envoie un plan de vol. Impossible de choper la moindre météo sur la Suède, et on se contente de dépiauter les cartes satellite et Temsi. Retour à l'avion sur l'immense tarmac, on le prépare, on se met en place dans l'avion, on actionne le démarreur.

Couic. L'hélice a fait un misérable quart de tour. On se regarde : "Et m.... !!!"
Notre batterie, qui avait déjà un peu inquiété les mécanos du club au départ mais qui avait semblé en état de partir, nous lâche. Elle tenait mal la charge, mais puisque nous avions volé tous les jours, elle ne s'était jamais entièrement déchargée. Hélas notre étape forcée à Riga, en raison des orages, lui en a laissé le temps... et nous voilà comme deux nouilles sur l'immense tarmac letton avec un avion qui ne démarre plus, l'orage qui arrive, et des pisteurs lettons qui ne connaissent pas les cessna et ont une idée très vague des avions pesant moins de plusieurs tonnes...
Plein de bonne volonté, un des pisteur nous ramène une voiturette groupe de parc... plus grosse que notre petit Sierra Victor ! Elle n'a pas du souvent assister des cessna 152 celle-là ! Souci supplémentaire, Sierra Victor n'a pas de prise pour groupe de parc, nous devons donc décapoter le moteur, puis décapoter la batterie, brancher le groupe (il est écrit "pos" et "neg", au lieu de + et -, ce qui a laissé le pisteur un peu perplexe) et on démarre au groupe, moteur décapoté, 5mn à 1500 tr/mn. Bizarre, la charge reste à +60 (butée max) tout le temps. On se dit que c'est peut-être positif, celà signifie que la batterie charge ? On coupe le moteur, on recapote, on retente.

Couic.
Encore un quart de tour puis hélice inerte. J'appelle Daniel, un ami mécano à Toulouse. Il nous apprend que la butée max de la charge est mauvais signe... celà signifie que notre batterie est court-circuitée, elle ne charge pas. Il nous suggère de vérifier l'eau dans la batterie, il en faut un cm au dessus des plaques, de retenter, mais si celà ne marche pas alors c'est que notre batterie est morte. Aucun moyen d'en acheter à Riga, mais il va se renseigner avec un de ses amis à Vilnius, en Lithuanie. Il nous explique aussi le démarrage à la main.
On redécapote, capot et batterie, on ouvre l'un des bouchons et on complète en eau par acquis de conscience (bouteille d'eau de source attrapée dans la soute, il n'y a que celà de disponible). On recapote encore, on tente un démarrage à la main. Une fois, deux fois. Rien à faire.

On commence un peu à désespérer, on a du noir plein les mains et les orages approchent, on envisage de plus en plus l'option "bloquées pour une semaine en Lettonie"... Les pisteurs sont adorables, ils sont maintenant 3 à nous aider, et il faut avouer qu'on fait un peu l'animation de la journée. On plaisante et on rigole pour se détendre... on est là pour le plaisir après tout... Je combats un petit peu avec une guêpe qui a décidé de s'installer dans l'avion, mais qui nous plait nettement moins que notre défunte petite coccinelle.

La batterie doit être vraiment HS... On re-décapote et on ouvre les 12 bouchons de la batterie pour observer l'état des plaques... et là on réalise que sur les 12, seuls 2 sont complétés en eau, certains étant complètement asséchés ! Nous n'en avions ouvert qu'un en pensant qu'ils communiquaient... et pas de bol on était tombé sur le moins atteint ! Sous l'un des bouchons, la plaque est complètement oxydée. Un pisteur nous fait des signes pour nous montrer que ce n'est vraiment pas joli-joli, mais nous pensons qu'il reste un espoir. Le pisteur nous ramène une bouteille d'eau du robinet car ils n'ont pas d'eau déminéralisée et nous n'avons presque plus d'eau de source. Après, c'est Mike Gyver en jupons: pour transférer l'eau dans la batterie on confectionne un petit entonnoir avec une feuille de papier de mon carnet de poche, puis on essuie et on diminue certains niveaux à l'aide de kleenex pliés en rouleaux... On est toutes fières car les pisteurs nous regardent d'un air assez admiratif, ça nous change des mécanos moqueurs de Varsovie !

On rebranche le groupe, on refait tourner l'avion, 8mn à 1500 tours, on coupe, on recapote. On y croit, ça va partir. On fait une photo avec les pisteurs et on se dit au revoir, il faut dire que ces quelques heures de galère nous ont bien soudés. L'un des pisteurs nous offre une fleur. Mise en place dans l'avion, ils nous font un signe de bonne chance, on insère les clefs... right, left, both, starter...

VRRROOOOUUMMMM !!!
On hurle de joie dans l'avion et les pisteurs applaudissent ! Contact de la tour, je leur signale que nous avons eu des soucis moteur (même si je me doute bien qu'ils ont dû nous voir batailler depuis la vigie !) et que avions un plan de vol qui doit sûrement être périmé... Pas de soucis, suivez la follow-me car ! C'est un de nos amis pisteurs qui nous mène au point d'arrêt. On prend la clairance départ, on commence à être habituées (niveau, transpondeur, départ, et clairance initiale), on décolle, et on bat des ailes pour nos pisteurs qui nous saluent du bord de piste.

Mise de cap sur la côte Baltique, en slalomant entre les cunimb' et les barbus. A partir de la côte tout se dégage, longue traversée de la mer Baltique avec Sierra Victor (alias Super Viking). Comme on ne nous a mises en contact avec personne au quitter de Riga, je m'écoute 123.45... Et ça tchatche en français !  Un peu gonflée, je m'insère dans la conversation avec un pilote d'Air France qui croise au FL370, et qui trouve très comique de discuter avec deux françaises paumées à 3000ft dans un cessna 152 sur la mer Baltique ! On finit quand même par se quitter alors que nous passons au ras de Göttland, et on pose en Suède à Kalmar au bout de 3h de traversée maritime.
On refuelle, l'avion et les pilotes, dépôt de plan de vol et on repart vers Berlin, en fuyant de peu la météo. Vu le retard pris à Riga, on arrivera de nuit, et je suis bien contente d'avoir passé la qualif nuit, ce qui nous permet de partir. Re-traversée maritime, puis Allemagne. On ne comprend pas trop les points de report demandés par le contrôle allemand, ils ne sont pas sur la Jeppesen... On propose donc une verticale sur un point connu puis une directe sur Berlin, requête acceptée, c'est parti !

Arrivée sur Berlin de nuit... Tempelhoff sera fermé à notre arrivée, on nous propose donc le terrain de Berlin Schönefeld. On traverse tout Berlin de nuit à 1500ft, la capitale Allemande est comme un joyau de lumière sur du satin noir, et on a d'autant plus le temps d'en profiter que le contrôle nous demande de faire quelques 360 sur Tegel, en pleine ville. Le spectacle est fascinant ! Puis arrivée sur le terrain assez impressionnant de Schönefeld, poser pas cassé, et roulage derrière un follow-me car vers le parking.
Comme d'habitude, on sort les passeports, puis on repart en taxi vers la maison de mes amis Berlinois qui vont nous héberger pour deux nuits, en espérant que la batterie de Sierra Victor supportera une journée sans voler...

Tschüss* !

(* Au revoir en allemand)

Les loopy girls