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8ème Etape : Poprad Rzeszow Warsawa

Djindobri* !

(* Bonjour en Polonais)

BRRRRRRZZZRRR !
C'est le vrombissement de l'énorme hélico MI-8 qui me réveille vers 5h du mat. Je passe le plan de vol tandis que Danielle se prépare, et on observe par la fenêtre sur le parking club un drôle de manège : des bouteilles pleines d'eau ont été disposées un peu partout en un drôle de parcours, et à chaque bouteille est lié un bâton de bois dirigé vers le ciel. Et des voitures d'auto-écoles font de drôles de manoeuvres dans ces curieux circuits... Puis ce manège cesse, et on discute un petit peu avec l'ami de Robert, qui nous apprend que cette étrange scène était une série d'examens du permis de conduire... Autre information : on est le seul avion léger français qu'il ait jamais vu se poser à Poprad ! Ceci et le fait qu'il y ait deux jeunes françaises à bord explique l'abondance de personnes qui nous observaient comme des bêtes curieuses lors du roulage au club !
On se fait confirmer l'autorisation de poser en Pologne, j'appelle mon contact à Rezszow pour lui donner notre estimée d'arrivée, et notre ami Slovaque nous propose d'aller visiter la TWR. Let's go ! Les contrôleurs sont très amicaux, ils nous expliquent que leur terrain, malgré une recrudescence de fréquentation en hiver (sports d'hiver), est lentement en train de mourir. Ils vont néanmoins être équipés sous peu d'un système de visu radar secondaire déporté, mais système totalement Slovaque, que je suis curieuse d'observer au second niveau sous la vigie. Très efficace, et manipulation proche du nôtre. Notre guide me demande comment sont effectués les calibrages des moyens du terrain (ILS, etc...) en France : je lui explique que sur un terrain moyen, un bimoteur passe une fois par an et que le calibrage prend une demi journée, en 2 vols. Il me répond que chez eux, un couteux hélico vient tous les mois, toute l'année, et que celà coûte une fortune au terrain, les frais étant bien sûr reportés d'une manière ou d'une autre sur les usagers... et comme ils ont toujours trouvé abusifs ces frais mensuels, ma réponse le conforte dans cette idée.
Les adieux sont assez émouvants, comme à chaque fois nous aimerions rester un peu plus avec ces nouveaux amis à qui on commence à s'attacher. La rencontre cette fois a été plus "slave". Autant en Hongrie on percevait encore le tempérament méditerranéen, autant là on se sent nettement à l'Est, au début on ressentait même comme un froid qui nous mettait mal à l'aise. Les comportements sont plus retenus, les gens plus intériorisés, ils mettent beaucoup plus de temps à s'ouvrir mais lorsqu'ils le font ils donnent sans compter. Leur trouble ou leurs émotions sont plus discrets mais non moins sincères, et on a tous eu bien du mal à se séparer pour repartir.

Néanmoins Sierra Victor (alias Saigneur de Vampires) nous a ramenées près des nuages, pour accomplir notre mission : trouver le château de Dracula, enfoui dans les Carpathes, que Robert nous a dessiné sur la carte aéro Slovaque. Mission accomplie avec succès ! Malgré Bratislava info qui s'inquiétait de notre retard à les contacter, retard dû aux deux 360 effectués autour de la bâtisse imposante. Mais pas l'ombre d'une petite dent ou d'une chauve-souris, la chasse de jour n'était sans doute pas la meilleure option pour attraper le Comte Dracula !

Conseil pour un bon passage de frontière : si vous traversez dans le sens Slovaquie-Pologne, vous ne vous perdez pas, dès que le sol est plat et que les montagnes s'arrêtent vous êtes en Pologne ! Rien de bien extraordinaire en Pologne, à part les toits de couleurs hurluberlues et les champs de forme curieuse, longs et étroits. D'un point de vue aéro, par contre, c'est assez original. Je vous ai déjà fait part des difficultés à obtenir une autorisation de passer en Pologne, mais ce n'est pas tout. D'une part, pas de fréquences d'info : on contacte direct des tours sur le chemin. De plus, les altitudes sont données en mètres, et les vents en km/h, tandis qu'en Slovaquie c'était des m/s. Les METAR donnent des vents en m/s par contre. Mais le plus curieux est l'existence des routes Victor Kilo, sortes d'airways VFR, qu'il faut suivre pour naviguer en Pologne. Sans compter les points d'entrée dans la fir polonaise EPWW qui sont aussi bien précis. Pour Rzeszow (prononcer Rechouf), ce fut simple, on a suivi VK42. Poser sans soucis, longue attente de notre petit cessna-moustique sous des airliners pour les douanes. Les douaniers nous regardent curieusement, et contrôlent attentivement passeports et avion, toutefois ils renoncent à vider ce dernier, étant donné le bazar qui règne dans la soute.
On finit par rouler à l'aviation training center, ou m'attend mon contact. Looong roulage, qui consiste à remonter la piste, à la quitter au bout en suivant un follow-me car tout le long de la rampe d'approche, follow-me qui est relayé très vite par une auto de l'aviation training center, qui nous mène par un long chemin cabossé (pauvre Sierra Victor qui n'est pas tout terrain !) jusqu'au hangar ou dormira notre oiseau. Nous sommes rouges pivoine : une quinzaine de personnes sont là à nous regarder arriver avec une curiosité affichée, on se sent encore phénomènes de foire.
Mon contact à Rzeszow est Marius, un jeune instructeur, qui s'écrit en nous voyant : "It's incredible that you're here ! Really incredible !". Il est très content de nous voir en Pologne, et avoue qu'il avait un peu craint lors de mon premier mail à un canular, mais que mon appel la veille l'avait rassuré. Il nous dégote une chambre gratuite à l'école de pilotage et nous propose de visiter la ville. On passe donc une agréable après-midi à visiter Rzeszow avec un guide très prévenant. Par ailleurs on a gagné notre pari contre Ben, un des pilotes anglais de Sabaudia. Il avait parié que nous ne serions pas en Pologne le 20 juin comme prévu. On lui envoit donc illico une carte postale, cachet de la poste faisant foi, il n'a plus qu'à dégoter du champagne anglais pour nous en envoyer une bouteille, on lui souhaite bon courage dans le post scriptum ! On écrit également au BRIA qu'on embête à chaque plan de vol, et à Annie, l'agent du BNIA du Bourget qui nous à envoyé par courrier toutes les docs terrains Europe pour le voyage dont elle disposait.
L'école dispose de deux magnifiques antonov2, de plusieurs Tampico, d'un Wilga, d'un prototype, et de quelques avions courants d'école. Le soir, avant d'aller dormir, Marius nous propose une petite leçon d'instruction IFR sur le simulateur Sénéca de l'école. On s'en sort plus ou moins brillamment, mais toujours de bonne humeur ! On parle de notre voyage, de nos aventures, et là ils nous demandent ce que nous pensions de la Pologne avant de venir. On leur dit que tout le monde nous a traitées de folles, et qu'on nous a effrayées avec des histoires d'essence volé, d'avion braqué, de méchants violeurs de jeunes filles, etc... Bref rien à voir avec la réalité des pays que nous avons visités jusque là, desquels nous avons bien des leçons à apprendre. Celà ne les étonne pas et les fait rire, et, à vrai dire, ils avouent avoir un peu la même réaction vis-à-vis de la Russie... Ensuite, dodo, et le sommeil nous embarque bien vite vers d'autres horizons...

Le lendemain, j'apprend par mon contact en Suède que la météo s'y est dégradée, la traversée de la Baltique serait compromise, et par ailleurs l'Allemagne serait touchée par de violents orages. Marius étant parti en vol, c'est avec son collègue Gregoryz, avec qui on s'est lié d'amitié également, qu'on check la météo. Effectivement il faudrait partir vite ! Le mécano fait néanmoins visiter l'antonov2 à Danielle tandis que Gregoryz me présente le Wilga, que j'adore.
Puis le temps de partir arrive, hélas, à encore on n'en a vraiment pas envie, et visiblement nos hôtes non plus. On distribue des insignes de notre aéroclub, et on reprend le laborieux roulage vers le parking principal, sous les saluts de tous les mecanos et instructeurs. Notre voyage en fait rêver quelques uns en fait...
(Pour info aux colibris - et aux autres : Marius et l'un de ses collègues débarquent à Tarbes récupérer leur nouveau TB9 vers Septembre, donc super rascol en vue pour ceux qui pourront venir dans le sud ouest !)

Sur le parking principal, un peu d'attente, en raison du passage des présidents Ukrainien et Polonais. Les douaniers contrôlent encore nos passeports, puis on refuel, et pendant cette opération on voit un douanier revenir... avec un appareil photo, et nous photographier !? Nous allons ensuite payer la taxe (en fait on ne paiera rien, car ayant déclaré 700kg de masse max, on est en dessous de la limite polonaise de 750kg, à partir de laquelle on paie), checker la météo une dernière fois, et on s'annonce pour rouler, VFR avec plan de vol à destination de Varsovie. On remonte, on s'aligne. La clairance décollage est sympathique "F-SV, you're cleared VFR departure from Babice, Routeing Victor Kilo 29, 28, 27, 49, altitude 500 meters QNH 1019, cleared for take off runway 27, right turn when airborne then contact Mielecs 119.10, Approach 128.8". 500 mètre c'est 1500 ft, ça nous demande donc de voler à  700ft/sol. Ca turbule pas mal, on obtient de monter à 1000m, mais une trentaine de NM avant Warsawa le contrôleur nous redescend à 500m, ce qui nous fait voler à moins de 500ft/sol, avec des antennes et tours diverses juste sur notre route à plus de 1000ft de haut... C'est de la vraie course d'obstacle !
On suit VK29, VK28, VK27, puis VK49 en plein sur Varsovie. Le contrôleur de Warsawa Okecie nous fait même couper dans la VK49, ce qui amène deux immenses tours d'usine à 1000ft en plein sur notre chemin, avec au choix un acrobatique passage entre elles ou bien un contournement qui nous amène très nettement hors de la route demandée par le contrôle. La route imposée nous faisant passer verticale 400ft au dessus de toute la ville de Warsawa, en direction du terrain de Warsawa Babice, la vue est incroyable ! C'est le moment que mon appareil photo choisit pour casser son objectif, et le GPS le suit en se bloquant. Bon, on finit à vue, on est des VFR oui ou non ? (pour le GPS, un simple setup au sol le reveillera... ce n'etait pas grave)

Arrivée au sol, je découvre que mon contact n'est ni plus ni moins que le directeur du plus gros aéroclub polonais : 1400 membres, une quarantaine d'avions, 300 parachutistes, une soixantaine de planeurs, sur 2 terrains... Le terrain le plus ancien de Pologne, qui fête ses 75 ans, avec une lourde histoire, et qui compte parmi ses membres tous les notables de la région et au delà. Celà tient plus de l'entreprise que du club, ne serait-ce que la tenue et l'imposant bureau du directeur... un passionné par la France qui parle bien Français. Le club est hélas menacé par l'aéroport international de Okecie, à quelques km, qui leur trouve tous les défauts possible pour essayer de les éradiquer et de s'étendre. Leur dernière lubie est de vouloir coller un transpondeur sur les planeurs. Le directeur nous demande une copie des papiers de l'avion prouvant que c'est un avion de club, afin de nous obtenir le hangar gratuit. Puis il nous aide à trouver un hôtel étudiant pas cher, et une fois installées on part, emmenées par Sebastian, un pilote de la LOT qui parle un français si impeccable qu'il nous ferait presque honte en comparaison du nôtre, visiter le centre de Varsovie. Magnifique ! Les gens sont de plus accueillants et chaleureux. On flâne en visitant la vieille ville, on achète un appareil photo bon marché et plusieurs bouteilles de Vodka, cause commandes d'amis en France. A 23h on rentre avec Sebastian, qui est passé spontanément et amicalement nous récupérer après son boulot, afin de nous éviter un taxi, et il nous fait passer par le quartier des ambassades (où nous avons pu admirer la magnificence de l'ambassade Russe et la laideur de l'ambassade Française !). Je passe le plan de vol pour Kaunas, en Lithuanie, car un mécano de Rzeszow nous a assuré qu'il y avait un atelier Yak sur le terrain. Le mauvais temps arrivant, il vaut mieux qu'on fuit au plus vite, on annule donc l'étape dodo à Suwalki, on transitera juste verticale avec Sierra Victor (alias Supertransporter de Vodka).
Petite anecdote sympa : les agents qui font la fréquence à Babice ne parle que polonais, quasi tous. D'ou l'intérêt de mon contact : a partir de notre heure et date d'arrivée il s'est arrangé pour faire monter à la tour quelqu'un qui ait quelques notions... de phraseo en anglais !

Finalement, l'aventure c'était Croatie, Hongrie et Slovaquie, mais en Pologne tout redevient facile, ne serait-ce que parce qu'on revole avec des cartes à peu près à jour. La fréquence est claire, en gros il suffit d'être dans les clous côté administratif pour ne pas avoir de soucis. Et l'accueil est royal... Petit bémol, peu de personnes parlent anglais ou allemand, la plupart ont des notions de russe ce qui n'était pas particulièrement avantageux pour nous... Pour la Lithuanie peut-être plus de surprises à venir... d'autant que nos économies commencent doucement à fondre.
Mais nos yeux picotent, je crois qu'il va falloir dormir...

Dovidzénia* !

(* Au revoir en Polonais)

Alex & Danielle, loopy girls adoptées en Pologne

PS : je ne désespère pas de réussir à trouver un moyen d'envoyer ces mails !